Monsieur le Président,
Alors que notre pays traverse une période importante de son histoire, nous assistons avec une profonde inquiétude à la dégradation continue de la gouvernance et à l’impunité grandissante qui semblent s’installer dans nos institutions.
En tant qu’organisation engagée dans la lutte contre la corruption et la promotion de la bonne gouvernance, nous ne pouvons rester silencieux face à cette situation alarmante.
Nous avions déjà exprimé nos préoccupations concernant l’ordonnance N 2024-05 du 23 février 2024, qui exclut du champ d’application de la législation sur les marchés publics les dépenses liées aux Forces de défense et de sécurité, ainsi qu’aux dépenses du Palais et des résidences officielles. Cette ordonnance, qui supprime tout contrôle a priori et a posteriori de ces dépenses, constitue un grave recul en matière de transparence et de bonne gestion des finances publiques.
Malheureusement, nos craintes se sont avérées fondées. La situation n’a fait qu’empirer, avec une COLDEFF qui ne semble plus faire de la lutte contre la corruption une priorité. Les résultats se font attendre, et l’on a l’impression que cette institution se concentre davantage sur le recouvrement que sur la répression des actes de corruption.
De plus, nous constatons avec regret le non-respect des directives de l’article 13 de l’Arrêté N°0018/PM/ARCOP concernant la communication lors du conseil des ministres des informations relatives aux marchés publics. Cet article stipule clairement que certaines informations doivent être rendues publiques, notamment l’objet du marché, le mode de passation, le montant, le délai d’exécution et le nom de l’attributaire provisoire.
Le secret défense et la sécurité ne sauraient justifier une opacité totale sur l’ensemble des achats publics. L’affaire « MDN Gate » est encore fraîche dans la mémoire des Nigériens et témoigne des dérives possibles lorsque le contrôle et la transparence font défaut.
Face à cette dérive, nous vous demandons solennellement, Monsieur le Président, de prendre les mesures nécessaires pour rétablir une gouvernance saine et transparente dans notre pays. Il est impératif de :
- Revoir en profondeur la gouvernance du pays, en mettant en place des mécanismes de contrôle efficaces et indépendants.
- Redonner à la COLDEF sa vocation première de lutte contre la corruption en supprimant l’article 22 de l’ordonnance de création, en lui accordant les moyens et l’indépendance nécessaires pour mener à bien sa mission.
- Abroger l’ordonnance N 2024-05 du 23 février 2024, qui constitue une brèche béante pour la corruption et le gaspillage des deniers publics.
- Renforcer la transparence et la responsabilité dans la gestion des finances publiques, notamment dans le secteur de la sécurité.
- Veiller au strict respect de l’article 13 de l’Arrêté N°0018/PM/ARCOP, en garantissant la publication des informations relatives aux marchés publics.
- Rétablir la Cour des comptes : Une institution qui contribue au contrôle des finances publiques et restaurer la confiance des citoyens dans les institutions.
- Rétablir les audits des marchés publics de l’ARCOP du Niger via des cabinets indépendants : La mise en place d’audits effectués par des tiers indépendants permettrait d’assurer une évaluation objective et approfondie des marchés publics.
Nous sommes convaincus que la refondation de l’État du Niger ne peut se faire sans une gouvernance vertueuse et une gestion rigoureuse des affaires publiques. Nous vous appelons donc, Monsieur le Président, à prendre vos responsabilités et à agir avec détermination pour mettre fin à l’impunité et rétablir la confiance de nos concitoyens.
Dans l’attente de vos actions, veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération.
Niamey, le 09 Fevrier 2025
ONG ICON – NIGER STOP CORRUPTION